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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 20:44

 

Il est tard. Cousue avec du silence la nuit m'entoure. Le temps passe à une allure.. Devant mon piano à chercher les dernières paroles. Les quelques phrases qui manquent. Tout y est.. presque. Pas complètement. Je vais essayer avec la guitare. Parfois l'instrument débloque le noeud. Comme le peigne démêle les cheveux.
Autour de moi rien ne bouge. La table devra bientôt être débarrassée, les fleurs perdent leurs pétales, les murs ne reculent pas. Je tourne autour de mes pensées, quand les mots ne la saisissent pas encore. Plonger. Il faut se laisser tomber dedans. Alors je me pousse. Je suis assise sur le même fauteuil et pourtant je commence un voyage. La puissance de la psyché guérit l'immobilisme physique et l'étroitesse du réel sans surprise. Je cours dans les limbes aux pensées, parcours des émotions venues prendre racine sous ma peau. J'y trouve toutes sortes d'animaux. Les ours dorment profondément. Les éléphants sont légers, la scène les a transformé en poupées de crépon. Parfois ils sont petits, peints à la main, mais plus solides, ils sont là. Rassurants. Je me love sur leur dos sous les étoiles noires. Mes fenêtres ressemblent à des portes du ciel. Une Sphinge apparaît derrière la vitre, il faut que je pose mes questions sans réponse. Dans le miroir de mon salon, quelqu'un frappe de l'autre côté, il a les pieds enflés et me regarde. Il veux retrouver sa mère. Triste destin. Le transistor s'allume tout seul, j'entends mon coeur battre. Jocaste chante, mon appartement est son rocher, quatre étages, un ascenseur, deux plaques. Il faut bien nourrir son âme. Le buste de femme me demande de la viande pour le lion et ses ailes d'oiseau. La guitare prend la forme d'un ange: je te bercerai jusqu'à l'aube, tu es pure, tu es rare et précieux. Je sais alors que j'ai quitté le réel. 
Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ça n'existe pas, ça n'existe pas.

L'air se réchauffe. Je prends ma brosse et coiffe la fourrure longue du félin, il mange tellement que mon tapis change de couleur. Il y a des loups assis sur la cheminée, il faut que je range ma chambre. Des phrases sortent du tableau comme des papillons, je voudrais les cueillir sans les toucher. Cherchant une famille, elles atterrissent sur mon ventre fantôme. Je n'ai plus peur. Mon cahier se transforme en origami en forme de maison, l'ange me caresse les joues et dépose des notes bleues sur le perron. J'ouvre la porte et découvre un arc pour tirer sur les voleurs de larmes, les lignes de ma main s'allongent alors jusque dans ma douche, je ne connais pas ce langage, impossible lecture. Tant mieux. Le chemin me semble titanesque. La sphinge me demande alors si je veux répondre maintenant. Je veux surtout qu'elle ne saute pas si je répondais juste, je ne sais plus l'heure, les montres se sont envolées. Elle sourit pour patienter et admire son plumage. Je baisse le chauffage. Rien n'est plus beau que ce jardin en forme de bulle. Maintenant est toujours trop tôt, certains même vivent dans les souvenirs. On ne trouve pas toujours sa place dans le sablier. Du silence. Le ciel ouvre son agenda. Je sens la terre arrêter de tourner un instant. Invisible paysage. Le labyrinthe souffle à mon bateau de s'amarrer aux courroies du destin. La femme lion crache des perles de cornaline dans mes mains en guise d'au revoir, pourvu que je n'oublie pas le dessin de son corps magicien. Il faudrait peut être dormir. Sur mon piano l'éléphant a laissé une clef en bois. Je l'allume et ouvre mes draps pour chauffer mon lit, il n'y a pas pire que d'avoir froid pour rêver. Je ferme les yeux sur mon manège, je me sens bien. Et si vous ne reveniez pas... j'aime tellement les visites en forme de triangle, je voulais finir ma chanson. Les paroles dorment maintenant dans mon livre. Et les pages blanches ont chanté.

Loane

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Published by Loane
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commentaires

Ned 12/08/2009 00:16

J' en suis baba.....

Quentin 29/03/2009 22:33

Je suis vraiment content d'être tombé sur ce blog.
Déjà d'une part parce que je crois que j'ai rarement aimé autant un artiste. Pas "aimer" dans le sens "trouver ca bien", ca c'est assez fréquent, mais je dirais plutôt "aimer" dans le sens "entrer dans un univers et s'y sentir comme chez soit". En fait je me sens "bien" quand je vous écoute. Et je sais pas bizarrement pour les tas d'autres trucs que j'écoute, même si je peux en trouver musicalement plus aboutis, je ressens pas cette espèce de truc que j'appelerais assez schématiquement du bonheur. Finalement j'en ai conclu que j'avais eu un coup de foudre musical. Mais bon, peut importe le diagnostic exact de la chose, je crois que j'aime assez... je vous remercis pour ca.
Et d'autrepart parce que j'aime les blogs quand je peux y lire des textes comme ca.
"Et les pages blanches ont chanté."
"l'ange me caresse les joues et dépose des notes bleues sur le perron."
Je trouve ces deux phrases, entre autre, magnifiques.
"La puissance de la psyché guérit l'immobilisme physique et l'étroitesse du réel sans surprise." Je crois que c'est ca la force des artistes, et ca explique assez bien la profondeur de vos textes.

Je ne sais pas si ce com sera lu par quelqu'un un jour, en tout cas ce sont des choses que j'avais envie de dire.

Il est tard.
Je vous souhaite une bonne continuation.

Sofie 26/02/2009 21:19

salut loane !
alors euh... comment dire.... ton texte est très joli mais...un peu complexe pour moi !
ou bien peut-être que c'est un peu le brouillard dans ma tête, va savoir !
mais bon, tout dépend du point de vue que l'on a par rapport à l'idée qu'on s'en fait, non ??! ;-)
en tout cas j'adooore ton univers musical ;
j'ai eu le bonheur de te voir en concert à la roche sur yon le 28 novembre dernier et je t'ai trouvée vraiment formidable !
bises
sofie