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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 15:47

 

Pourquoi n'est-ce pas une heure pour en parler? C'est une heure qui me convient très bien. Tu peux tout de même me sacrifier cinq minutes de sommeil moi je ne fermerai pas l'oeil tant que la question ne sera pas réglée ne sois pas toujours égoïste c'est trop vache d'empêcher les gens de dormir ils en deviennent cinglés je ne veux pas. Sept ans que je croupis toute seule comme une maudite et la sale clique ricane tu me dois bien une revanche laisse-moi parler tu as beaucoup de dettes envers moi sais-tu parce que ce n'est tout de même pas très propre la manière dont tu t'es conduit; tu m'as fait le coup de la passion j'ai plaqué Florent et rompu avec mes copains et puis tu m'as laissée tomber tous tes amis m'ont tourné le dos; pourquoi as-tu fait semblant de m'aimer? Quelquefois je me demande si ce n'étais pas un coup monté... Oui un coup monté: c'est tellement incroyable ce grand amour et puis ce lâchage... Tu ne t'étais pas rendu compte? de quoi? Ne me répète pas que je t'ai épousé par intérêt j'avais Florent je pouvais en avoir des flopées et figure-toi que d'être ta femme ça ne m'éblouissait pas tu n'es pas Napoléon quoi que tu en penses ne me répète pas ça ou je hurle tu ne dis rien mais je t'entends rouler des mots dans ta bouche ne les dis pas c'est faux c'est faux à hurler tu m'as fait le coup de l'amour fou et je me suis laissée avoir... Non ne me dis pas: écoute Murielle je connais par coeur tes réponses tu me les as rabâchées cent fois assez de bobards avec moi ça ne marche pas et ne prend pas cet air excédé oui je dis cet air excédé je te vois dans l'écouteur. Tu as été encre plus moche qu'Albert il était jeune quand on s'est marié toi tu avais quarante cinq ans tu devais mesurer tes responsabilités. Enfin bon le passé est le passé. Je te promets que je ne te ferai pas de reproches. On efface tout on repart du bon pied je peux être douce et gentille tu sais si on n'est pas trop vache avec moi. Allons dis-moi que c'est entendu demain on réglera les détails... (...) Salaud ! ordure ! il a raccroché... Il ne répond pas il ne répondra pas. Salaud. Ah! mon coeur me lâche je vais crever. J'ai mal j'ai trop mal ils me tuent à petit feu je n'en peux plus je me descendrai dans mon salon et m'ouvrirai les veines quand ils se ramèneront il y aura du sang partout et je serai morte... Ah ! j'ai cogné trop fort je me suis fêlé le crâne c'est sur eux qu'il faut cogner. La tête contre les murs non non je ne deviendrai pas folle ils n'auront pas ma peau je me défendrai je trouverai des armes. Quelles armes salauds salauds je vais m'étouffer mon coeur va lâcher je dois me calmer...

Simone de Beauvoir, extrait de Monologue

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Published by Loane
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